Hellzine n°15 | Interview complète de Dead Cross

C’est à l’occasion de leur passage au Down­load Paris que nous nous sommes entrete­nus avec Michael Crain (guitare) et Justin Pearson (basse).

Tout d’abord et comme toujours dans notre magazine, nous vous laissons vous présenter. Michael : Je m’appelle Michael Crain et je suis le guitariste de Dead Cross. Justin : Je m’appelle Justin Pearson et je suis le bassiste de Dead Cross.

Le groupe est surtout réputé en raison de la présence de Dave Lombardo (batterie) et de Mike Patton (chant). Ce dernier a-t-il eu un prédécesseur au chant ? Que s’est-il produit dans le groupe ? Comment le groupe a-t-il commencé ? Michael : Notre ami Ross Robinson s’est retiré du projet. Le groupe de Dave, PHILM, allait enregistrer avec Ross. Le groupe s’est séparé et je pense que pour faire une faveur à Ross, Dave a enregistré la batterie pour l’EP d’un ami. Ross aime vraiment bien le son de Justin et sa façon de jouer de la basse, donc il l’a amené pour l’enregistrement de cet EP, et Justin a demandé que je vienne à la guitare, puis… On a joué ensemble et tout s’est très bien passé. On s’est bien amusés et on a décidé de commencer un groupe ensemble. Nous connaissions Gabe Serbian qui chantait pour Accept à l’époque et qui était disponible et intéressé, et c’est comme ça qu’il a été amené à enregistrer sa voix sur les morceaux.

La première fois que j’ai écouté l’album, le son m’a vraiment rappelé Dead Kennedys. Est-ce vraiment une de vos influences ou plutôt le fruit du hasard ? Justin : C’est vraiment une de nos grandes influences. Le style de Michael Crain en est vraiment imprégné.

Quels autres groupes ont influencé votre manière de jouer ? Michael : J’adore Duane Denison du groupe The Jesus Lizard, mais sérieusement… Il y en a tellement que ma plus grande influence change d’un jour à l’autre. Justin : Personnellement, c’est à 14 ans que j’ai eu envie de jouer de la basse et mes influences ratissent tous les groupes non traditionnels dont le son donne l’impression de dépasser les frontières d’une guitare, d’une basse et d’une batterie. Mes influences sont un peu plus heavy. Nous avons tous des influences très variées et la vraie question est plutôt « Qu’est-ce qui nous pousse, dans le monde d’aujourd’hui, à aimer des groupes comme Dead Kennedys ou Dead Cross ? » Il y a des facteurs sociaux et politiques qui entrent en jeu.

Pour moi, la question de votre rôle dans le groupe ne se pose pas puisque vous êtes l’un des membres fondateurs. Ce n’est pas comme si vous aviez débarqué dans le groupe après son cinquantième anniversaire. Je posais la question de l’influence de Dead Kennedy simplement parce que j’en ai parlé à un ami qui n’entendait pas cette ressemblance. Justin : Je pense qu’en dehors du fait que Michael a des influences (ce qu’on a tous), il a vraiment un son et un style qui sont indéfinissables, et c’est vraiment un bel accomplissement. Chacun des membres du groupe a essayé d’y parvenir, de modeler à sa manière ce qui existe. Michael : Bien sûr, mais il est inévitable qu’un groupe ait des influences, bien qu’elles soient multiples. L’apport de Mike Patton m’a également marqué. On ressent vraiment que le groupe est entré dans une nouvelle phase, beaucoup plus folle et agressive, depuis qu’il est présent. Je ne sais pas si cette folie vient de Mike… Justin : Oui, Mike est timbré ! (rires)

Ce que je voulais dire, c’est que je trouve que Mike Patton vous a apporté un cachet très fort. Justin : Tout à fait. Quand on a enregistré avec Gabe Serbian, notre musique était plus proche de celle de Carcass car son timbre et son style sont similaires à ceux de leur chanteur. Le son était un peu plus cru. Et quand Mike Patton est arrivé, il s’est mis à enregistrer six mélodies empilées les unes sur les autres, parfois pour un seul riff, et ça a donné un ton presque absurde à notre musique. L’instrumental était du thrash bien sale et cette mélodie si soigneusement sculptée par-dessus crée un contraste très fort. Donc son apport est indéniable.

J’ai une question au sujet de votre nouvel EP de quatre morceaux qui paraîtra bientôt. Je n’ai jamais entendu parler du groupe qui a remixé deux de vos morceaux pour cet EP. Sont-ils connus aux États-Unis ? Justin : Ils sont nouveaux dans le milieu, oui. Je fais plus ou moins partie d’un des deux projets qui a remixé un des morceaux. Le créateur du groupe Panicker est un ami à nous, il est producteur et vient juste de publier son premier album. Les deux projets sont récents.

Pourquoi avez-vous décidé d’avoir ces remix sur votre EP ? Justin : Ça s’est produit spontanément. On a entendu les remix de morceaux qu’on avait enregistrés et on a souhaité les publier car on les aimait bien. Michael : Ce n’était pas prévu au départ. Justin : Tout ce que le groupe fait n’était pas prévu au départ. (rires)

Et l’EP n’a pas de nom ? Justin : C’est l’EP. Il n’a pas besoin de nom car c’est le seul et l’unique !

Oui mais bon, un premier album sans nom, ça ne serait pas mieux d’en avoir un ? Justin : Au final, la seule raison pour nous d’en choisir un est de permettre à la presse de le référencer correctement et au public de retrouver nos morceaux. Ça n’a pas d’importance à nos yeux qu’un EP n’ait pas de nom. Aussi, il nous reste très peu de temps pour lui en donner un… (rires)

Au fait, vous avez un problème au doigt, Justin, n’est-ce pas ? Vous vous en sortez ? Justin : Oui, il est cassé, mais… J’arrive à jouer ! Ça fait mal et c’est parfois frustrant car ça m’empêche de jouer certains riffs qu’on me montre. Il arrive aussi qu’en plein milieu d’un concert, avec l’adrénaline, j’aie soudainement un énorme pic de douleur au point que j’en oublie le morceau que je joue. Ça fait crever de mal mais je dois faire avec.

Pour l’instant, vous en êtes à la moitié de votre tournée… Michael : On n’est pas vraiment à la moitié. Justin : Ça fait deux semaines qu’on joue et il nous en reste quatre.

Je vois. Qu’avez-vous prévu après la tournée ? Travaillez-vous sur un nouvel album ? Justin : Tout à fait, nous travaillons sur de nouveaux morceaux. Mais on est tous très occupés. Michael : Surtout Dave. Il est pris jusqu’à encore je ne sais quand. (rires) Suicidal Tendencies vient de sortir un nouvel album, donc celui-ci l’occupe pas mal. Justin : Oui… Mais on finira par enregistrer ces nouveaux morceaux !

Aux yeux de certains, le groupe n’a d’intérêt que parce qu’il comprend Mike Patton et Dave Lombardo. Qu’en pensez-vous ? Michael : Je m’en bats les couilles. (rires) Sérieusement, c’est juste de l’égo. On a la chance de jouer avec des musiciens qu’on apprécie et qu’on respecte. On ne pourrait pas en demander plus. Justin : De toute façon, mes attentes n’ont jamais été grandes. Michael : Ouais bien sûr, même avec Mike et Dave, c’est pas trop mal hein ? (rires) Justin : Ce que je veux dire, c’est qu’on est déjà très contents quand on joue pour vingt personnes et pour 20 €. Ca n’a pas d’importance pour nous. Il n’y a pas que l’argent qui a de la valeur. L’expérience qu’on partage avec eux est vraiment précieuse. Michael : Pour autant qu’on puisse s’exprimer par l’art, ça nous va.

Vous jouez de la musique et le reste importe peu, si j’ai bien compris ? Michael : Tout à fait. Justin : Nous jouons parce que nous en avons envie et pas pour la presse ou pour être connus. Ça fait plaisir d’être reconnus mais c’est avant tout pour nous-mêmes que nous jouons et pas pour les autres. Le seul point qui me décevrait est qu’on fasse un album et que jamais personne ne l’écoute, mais pour le reste, on ne s’en préoccupe pas.

Pourquoi avez-vous choisi Dead Cross comme nom de groupe ?

Justin : J’étais au volant et Michael me dit par SMS : « On a besoin d’un nom, tout de suite ! » Je roulais et je lui répondais lorsque j’ai entendu le nom « Red Cross » (« Croix Rouge ») à la radio. Ils parlaient d’une intervention durant laquelle des membres de la Croix-Rouge avaient été tués. Et là je me suis dit que « Dead Cross » (« Croix Morte ») était une bonne idée. On avait échangé énormément de noms par SMS, genre « Chewbacca Party », etc. (rires) Puis j’ai suggéré Dead Cross et tout le monde a bloqué sur ce nom tout de suite.

Vous aviez été arrêtés durant votre première tournée aux États-Unis, si je me souviens bien ? Que s’est-il passé ? Michael : Oh là là, oui… C’était une blague de Mike Patton, super bien échafaudée ! Justin : Il y a un vrai flic qui a débarqué avec un vrai flingue et qui a sorti de la cocaïne de mon sac, qui n’était pas là cinq minutes auparavant. On était censés aller en prison, puis là il nous fait : « C’était une blague ! » Michael : C’est le roi des sournoiseries foireuses. Justin : La police était de mèche, pas juste Mike. La partie drôle est que ma mère expliquait justement à quelqu’un que j’étais en tournée avec mon groupe Dead Cross, et le gars regarde deux secondes sur son téléphone et lui montre les images qu’il trouve sur cette blague toute fraîche et lui demande : « C’est lui, votre fils ? » Et là, ma mère a répondu : « Oui, enfin, je ne crois pas qu’il ira en prison. » Elle me connait et elle savait que c’était probablement une blague. (rires)

Pour terminer, avez-vous un mot pour nos lecteurs ? Justin : (silence de 5 secondes) Euh... Je ne sais pas… Michael : Aime ce que tu fais et fais ce que tu aimes ! Justin : Faites attention à ce qui se passe dans le monde. Beaucoup de gens s’en fichent, et… C’est… Important.

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